Alors que la classe politique ne cesse de donner un spectacle de division et un exercice au service de l’intérêt personnel plutôt que de l’intérêt commun ; alors que le fascisme est maintenant prêt à prendre les rênes, que 54 % de la population se dit prête à franchir le plafond de verre pour voter RN, que “l’arc Républicain” est plus que fissuré, les organisations syndicales de transformation sociale telles que la FSU portent des propositions et revendications sérieuses et réalisables qu’il est grand temps d’écouter. Nous ne pouvons plus nous satisfaire d’une écoute polie ou de la remarque que ces considérations ne relèvent pas d’un comité départemental de l’Education nationale. Il est possible et urgent de prendre les mesures qui permettraient de dégager plus de 80 milliards de recettes qui manquent aujourd’hui cruellement pour réduire les inégalités et financer les services publics. Il en va de la justice sociale mais aussi de l’avenir de la démocratie.
Entre 211 et 300 milliards d’euros d’aides publiques ont été servies en cadeau aux entreprises en 2023, et les libéraux au pouvoir voudraient faire payer le prix de la dette au monde du travail ! Nous le savons, les affirmations qui pointent les dangers de la dette sont des outils de propagande : non seulement la dette régale les marchés financiers, mais on s’en sert aussi pour justifier des coupes dans les dépenses sociales et le détournement d’une partie de l’argent public vers les poches des plus riches. Or, ces mêmes libéraux prétendent qu’il faudrait soumettre les dépenses publiques à un régime amaigrissant plus ou moins strict : l’austérité budgétaire. Et comme ils pensent que les grands patrons et les ultra-riches sont les principaux acteurs du dynamisme économique, pas question de toucher au porte-monnaie ou porte-actions des entreprises, il faudrait même les soutenir. Ceci montre bien la dérive des politiques actuelles qui consiste à détricoter l’Etat providence, redistributeur et protecteur, pour en faire un Etat néolibéral au service des entreprises et des marchés. Face aux enjeux budgétaires et à la colère qui monte dans la population, le gouvernement n’a plus le choix : il est désormais inévitable de faire contribuer les plus riches, dans l’intérêt général. Le budget 2026 doit être l’occasion de mettre en œuvre les mesures concrètes attendues par la population. Six mesures permettraient de dégager plus de 80 milliards de recettes : taxer le patrimoine rapporterait 20 milliards d’euros, mieux taxer les dividendes en supprimant le prélèvement forfaitaire unique (ou flat tax) pour réaligner la fiscalité du capital sur celle du travail peut rapporter 9 milliards d’euros, restaurer l’ISF engendrerait 15 milliards d’euros, réformer l’impôt de l’héritage, 12 milliards, rénover la taxe sur les transitions financières, 11, et enfin, remettre en place une taxation des superprofits rapporterait 20 milliards d’euros à l’Etat. Revenir en partie sur la politique de l’offre par ces six mesures ciblées permettrait, sans risque pour l’économie, de réaffecter les recettes, récupérées dans l’intérêt général, pour enfin commencer à répondre aux besoins sociaux, investir dans la transition écologique et réduire les inégalités qui minent la société et son avenir.
Au lieu de prendre en compte ces mesures raisonnables, le gouvernement prévoit déjà la suppression de 4000 postes dans l’Education nationale, et le rapporteur spécial de la commission des finances du Sénat, bien décidé à jouer la surenchère, propose d’en supprimer 8000 ! Cependant, continuer à baisser les moyens des services publics comme ceux de l’Education nationale serait irresponsable et suicidaire, tant cela nourrit les inégalités, le ressentiment et donc la crise sociale et démocratique. En cette rentrée dans le Gers, nous pouvons l’affirmer : il n’y a pas eu un.e enseignant.e devant chaque classe, et encore moins un.e AESH devant chaque élève notifié. C’est un constat : l’École de la République n’accompagne pas correctement les élèves en situation de handicap ou les élèves à besoins particuliers. Cela nourrit un sentiment d’injustice profond chez des élèves, leur famille mais aussi chez les personnels de l’éducation qui se retrouvent en difficulté face au manque d’investissement structurel et idéologique de l’Etat.
Dans le Second degré, il faut retenir que le sort des collèges ne s’améliore pas en cette rentrée 2025. En effet, si l’Éducation Nationale tient à mener des missions légales et louables, comme celles de l’inclusion, du financement d’un dispositif d’auto-régulation au collège Carnot, les moyens qui sont dévolus aux établissements n’augmentent pas de manière proportionnelle. Alors que dix collèges du Gers voient leurs effectifs augmenter en cette rentrée 2025, seul l’un d’entre eux bénéficie de moyens structurels supplémentaires, le collège Belleforest de Samatan, tandis que d’autres, à quelques élèves près par classe, se voient supprimer des moyens, comme le collège Mathalin d’Auch, le collège de Lectoure, de Mauvezin ou de Plaisance-du-Gers. Présentés comme des “ajustements”, ces mesures sont en réalité un réel moyen de faire des économies sur les structures des établissements puisque, lorsque des “transferts de divisions” ont lieu, quelques heures sont reprises à chaque fois. C’est ainsi que des classes de collèges du Gers se retrouvent de nouveau avec des effectifs chargés, comme le collège de Nogaro qui compte une sixième à 30 élèves, ou le collège de Plaisance-du-Gers qui a une troisième à un effectif tout aussi élevé. Aussi, comme nous le faisons remarquer au cours de chaque instance, la situation du collège Françoise Héritier de L’Isle Jourdain compte des effectifs chargés de la sixième à la troisième. Même si son IPS est élevé, cette situation ne doit pas être considérée comme une norme et elle constitue bel et bien dans notre département une anomalie. Et puisque la DSDEN du Gers ne manquera pas de noter que d’autres collèges du Gers ont des situations plus bien plus convenables en termes d’effectifs, la FSU du Gers affirme que c’est bien ces situations-là qui doivent constituer la norme, comme d’autres pays européens savent le prouver et comme d’aucun, élèves, personnels, familles ne peuvent le nier : on apprend mieux dans des classes aux effectifs allégés.
En ce qui concerne le bâti scolaire, la FSU tient à rappeler que si les lois de décentralisation ont rendu les collectivités comptables de la rénovation et de la maintenance des établissements, l’Etat employeur reste bien responsable de la santé et de la sécurité des personnels et des élèves. A ce titre, la rénovation et la réhabilitation du bâti scolaire vont de pair avec la lutte contre les inégalités territoriales.
Dans le 2d degré, en 2023, le SNES-FSU a réalisé une grande enquête à laquelle 633 établissements scolaires ont participé, soit 62% des collèges de France et 30% des lycées. Les résultats de cette enquête ont montré que seulement 32% des répondants jugeaient leur établissement en bon état, que des défauts d’aération étaient observés dans 43% des établissements participants à l’enquête, et que de la moisissure était visible dans 18% des locaux du 2d degré. Or, nous savons qu’une réduction des expositions aux polluants intérieurs et aux moisissures dans les classes permettrait d’éviter 30 000 cas d’asthme chaque année. La qualité de l’air intérieur est un enjeu de santé publique et de santé au travail mais fait pourtant difficilement l’objet d’actions de prévention au sein de nos collèges et lycées. Contrairement aux annonces du président-candidat Macron en 2022, les capteurs de CO2 ne sont pas disponibles dans toutes les classes ou bien les relevés du taux de CO2 ne sont pas effectués, alors que le décret n°2022-1689 du 27 décembre 2022 impose cette mesure chaque année dans les établissements recevant du public. Aussi, l’état de dégradation avancée des bâtiments accentue le risque de contamination par les fibres d’amiante, qui peuvent provoquer des maladies mortelles lorsqu’elles sont inhalées (généralement 20, 30 voire 40 ans après exposition). Entre 20 et 60 personnels font reconnaître chaque année un cancer de l’amiante en maladie professionnelle. Enfin, les établissements sont fortement affectés par les variations thermiques. Pendant l’hiver, 68% des collègues déclarent rencontrer des problèmes de froid. Lors des vagues de chaleur, 91% des répondant.es subissent des températures parfois néfastes pour leur santé. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), « au-delà de 30 °C pour une activité de bureau et de 28 °C pour un travail physique, la chaleur peut constituer un risque pour la santé des salariées ». Pour le froid, l’INRS considère qu’à partir d’une température de l’air inférieure à 18°C, l’environnement de travail exige des mesures de protection particulières. Cet inconfort du quotidien peut se transformer en situation à risque lors des épisodes de canicule, comme celui que nous avons vécu en fin d’année scolaire dernière. Dans une large majorité, les établissements n’ont pas mis en place de dispositifs pérennes, même minimes, d’adaptation aux vagues de chaleur et aux canicules, malgré les quelques recommandations ministérielles qui existent à ce sujet. Les espaces extérieurs sont insuffisamment végétalisés ; peu d’ombre et d’arbres devant les façades sud et ouest des bâtiments et pas de protections solaires efficaces des ouvertures. Les locaux sont largement inadaptés et sous-équipés pour faire face au réchauffement climatique, à l’heure où les canicules et les vagues de chaleur sont
amenées à s’étendre sur les périodes scolaires et à se produire de plus en plus fréquemment selon les rapports du GIEC et du HCC. Cette carence dans l’adaptation menace pourtant l’absolue nécessité de continuité d’un service public d’éducation de qualité, ambitieux pour tous, qui passe notamment par la continuité de l’enseignement en présentiel. Les établissements sont susceptibles de fermer davantage, comme nous en avons fait les frais en juin dernier, s’ils ne mettent pas en œuvre des procédures et des équipements pour tenter d’atténuer les effets des fortes chaleurs.
Dans les collèges du Gers, les travaux de réparation ou de remplacement, ainsi que les études de révision des équipements engagés en 2025 n’échappent pas au constat préoccupant qu’il manque une véritable prise de conscience des problématiques climatiques et écologistes auxquelles nous sommes confrontés au quotidien dans les salles de classe. Si nous observons un engagement financier du Département dans des mesures de sécurisation des collèges et de réfection des sanitaires, des préaux, des parkings ou des services de restauration, nous remarquons un trop faible investissement dans une politique de rénovation globale de nos établissements scolaires pour préparer une réelle adaptation aux changements climatiques à l’horizon 2050. Or, aujourd’hui, il y a un véritable enjeu à ce que les constructions soient adaptées pour prévenir les risques climatiques auxquels nous serons confrontés en 2050. En moyenne, les estimations de températures sur la ville d’Auch, par exemple, indiquent que nous subirons cinq fois plus de jours de chaleurs intenses en 2050 qu’en 2025. Ainsi, nous regrettons que les études du Département ainsi que les préconisations formulées par les représentant.es des personnels en F3SCT sur les travaux de rénovation de notre bâti scolaire gersois ne prennent pas suffisamment en compte aujourd’hui les vagues de chaleur auxquelles nous allons être exposées demain, d’abord, dans un souci de santé publique pour les élèves et les agent.es, ensuite, pour le maintien du bon fonctionnement de nos services publics. Ainsi, il nous paraît essentiel de lancer un plan national de réhabilitation du bâti scolaire dans notre département. Cela nécessiterait un investissement pérenne, massif, conjoint de l’État et des collectivités territoriales, sans partenariats public-privé ou dispositifs similaires. Selon le consensus établi par plusieurs rapports et confirmé par certaines déclarations ministérielles, il faudrait entre 40 et 52 milliards d’euros en dix ans pour espérer respecter les objectifs de rénovation énergétique.
Dans le 1er degré, le bilan n’est pas meilleur. Le turn-over des ministres de l’Education Nationale (7 ministres depuis 2022) n’a, jusqu’à présent, rien changé à la politique conduite depuis 2017. Or, l’enquête TALIS rendue publique au mois d’octobre est alarmante et devrait urgemment pousser notre ministère à agir :
- 96% des PE estiment que leur opinion n’est pas valorisée par les décideurs politiques ; 96% considèrent que leur métier est dévalorisé dans la société (ce sont les taux les plus faibles à l’échelle internationale).
- Le % de PE d’élémentaire qui se disent satisfaits de leurs conditions d’emploi (hormis la question des salaires) passe de 71% en 2018 à 49% en 2024 : nous sommes ainsi tout en bas du tableau (avec le Japon et le Portugal).
- Enfin, près d’un PE sur 2 (46%) déclare éprouver du stress dans son travail. C’est l’un des taux les plus forts. Oui, résister pour conserver sa professionnalité sans moyens et sans soutien épuise et stresse.
Il s’agit là du bilan catastrophique de la politique éducative menée depuis 2017, instaurée par JM Blanquer et poursuivie par tous ses successeurs et successrisses. Les enseignantes aiment toujours enseigner et transmettre auprès des élèves, mais subissent depuis maintenant 8 ans une maltraitance institutionnelle qui touche leur professionnalité et les valeurs qu’ils elles portent. C’est pour cela que la FSU demande instamment l’abandon des programmes de français et mathématiques, de la maternelle et de l’élémentaire, tout comme nous exigeons l’abandon des évaluations nationales standardisées, imposées à tous les niveaux dès le CP, qui abîment l’école et le métier enseignant, qui font entrer élèves comme professionnels dans la politique délétère de la course aux chiffres.
Ce manque criant de considération se révèle aussi sur la question des rémunérations et des carrières. Elle est première dans les préoccupations de nos collègues. La copie de départ du projet de loi de finances prévoit, une fois encore, le gel de la valeur du point d’indice et l’absence de mesures catégorielles. C’est inacceptable : y a-t-il enfin un ou une ministre qui va se rendre compte du signal envoyé aux personnels contribuant à une forme de paupérisation et aggravant toujours plus la crise d’attractivité ? Quelques exemples de la dégradation des conditions de travail pour le 1er degré dans le Gers et du manque de considération.
Lors des épisodes caniculaires, le flou pour les personnels, et notamment pour les directeurs et directrices, est à chaque fois de mise. Il n’y a eu aucune directive claire à laquelle se référer. Que répondre aux parents ? Accepte-t-on les élèves à l’école au risque de mettre leur santé et celle des personnels en danger et d’être pointé.es comme responsables ? Pour rappel, les maires doivent être aussi clairement informés. Lors de la canicule de la fin juin 2025 avec des températures de 37° dans les classes, il n’y a eu que peu de maires dans le département qui ont pris la décision de fermer les écoles quand il n’y avait pas d’autres solutions, là aussi faute d’explication claire sur les compétences de chacune. Car bien souvent, les discussions avec les enseignantes étaient contredites par les IEN.
Autre difficulté concernant les enseignant.es du 1er degré du Gers : pour la deuxième année consécutive, il y a des problèmes sur le paiement des salaires, de certaines indemnités : il est inadmissible que les personnels pâtissent des dysfonctionnements au sein du rectorat de Toulouse ! Il est anormal que les personnels se retrouvent dans des situations économiques intenables par la faute de leur employeur !
Aussi, depuis la rentrée, 41 remplaçant.es sont affectée sur un poste à l’année (soit plus de la moitié des remplaçant.es !). Et 20 le sont sur des postes restés vacants, il n’y en avait que 7 l’an passé. Il reste à souhaiter que les enseignant.es du Gers n’aient pas de problèmes de santé pour l’année à venir. Ce qui n’est pas gagné quand on sait que depuis la rentrée, les autorisations d’absence pour rendez-vous médical sont accordées sans traitement. Dans un désert médical comme le département du Gers, les personnels ne décident pas de leur horaire de rendez-vous. Dans le 1er degré il est impossible de poser des heures, il est scandaleux que les personnels, essentiellement féminin, pâtissent du manque de médecins en subissant un retrait sur salaire. A terme, la conséquence sur la santé sera indéniable. Et les arrêts maladies se multiplieront, malgré le jour de carence et l’amputation de 10% du salaire par jour d’arrêt, mesure là encore qui souligne le manque de considération de l’Etat employeur pour ses fonctionnaires.
Pour finir le panorama de la rentrée dans les écoles du Gers, au-delà du mal-être des personnels, l’École Publique dans son ensemble va mal… 20 postes sont restés vacants, il n’y en avait que 7 l’an passé. Il a manqué 2 psychologues ; tous les élèves notifiés par la MDPH ne l’ont pas été à la hauteur de leurs besoins et les notifications de l’été n’ont pas été prises en compte. L’école inclusive sans moyen est une source de souffrance pour toutes et tous. Et on nous parle encore de réduire les moyens.
Le projet d’École publique laïque meurt à petit feu de tous ces choix politiques en forme de renoncements, de décisions où l’Education nationale est vue comme un coût plutôt qu’un investissement, où on nous répond invariablement qu’il faut se satisfaire d’avoir évité le pire, par exemple une application stricte de la baisse démographique, où une convention citoyenne trace des pistes problématiques déconnectées de nos réalités. La FSU continuera de se mobiliser pour une école publique de qualité, inclusive et équitable, où chaque élève, chaque enseignante, chaque personnel peut trouver les conditions nécessaires à la réussite et à l’épanouissement. Il en va de l’avenir de notre société et de la confiance que nous plaçons dans les valeurs républicaines que l’école publique se doit de transmettre.
GERS